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Premier jour à Migré, exos 2 et 3 sur 3

05-21-2026 |GRUt·

Présentation

Retraite d'écritouille pour l'anniv de B à Migré, près de Saint-Jean d'Angelys - jour 1/2 - exercice 2 et 3 sur 3

Énoncé

2 exercices, des mots à intégrer, un thème à chaque fois, 25 min max par texte.

  • Écritouille
  • Narratif
  • Exercice
  • Thème imposé
  • Mots obligatoires
  • Avec corrections
  • Temps imparti
  • Migré

Préambule

Je n’ai pas eu le temps de tout reprendre dans l’après-midi du premier jour, on voulait travailler sur autre chose. Je m’y suis remis le soir même, de retour du resto et l’aprem du deuxième jour. Les 2 derniers exercices de la première journée sont donc disponibles juste après.

Bonne lecture. Again.


Exercice 2 du matin

  • — Texte source n°1 – BOBIN, Christian. Les différentes régions du ciel – œuvres choisies - page 785 : Noirclaire (2015)
  • — 25 minutes max
  • — 4 mots retenus du texte lu
  • — Un thème dans la liste d’avril de K. Steward

Les mots tirés du texte

les mots à intégrer n’ont pas été tirés au hasard pour une fois. Nous avons gardé les 4 que nous avions en commun dans nos listes respectives :

Mes mots retenus : offrir / nuit / adorable / silence / monde / surnaturel / pauvre / onduler / regarder / vide / lychen / fantôme / vif / nuage / visiter / garçon / poudre / rouge / cristal / échouer / manque

Les mots de B : hanté / ouvert / Ghislaine / barrière / silence / épais / rouge-gorge / pauvre / autre coté / feuilleter / vide / décorés / laissent passer l’air / jardin / chevet / crédulité / ferme / poing serré / souillure / poudre / pont / à contre-jour / tourner

Les 4 mots à intégrer dans le texte : silence, pauvre, vide et poudre

Le thème

Le thème dans la liste d’avril 2026 : voile (n° 2)

Le texte

Tout a commencé avec un silence. Un silence étrange, un vrai silence, une absence totale de son qui dura trente secondes. Pour Tiburce, ce court moment fut le plus long, le plus malaisant, le plus angoissant qu’il n’ait eu à vivre dans sa courte vie de trentenaire.

Cet incident arriva un mardi après-midi, pendant un congé bien mérité pris la veille, à l’arrache, entre deux réunions déprimantes de fin de matinée. Son taf de webdé le bouffait intérieurement. L’émergence des IA génératives avait transformé son travail créatif en usine à prompts creux, matinée de relation client. Et plus encore, le sentiment de fabriquer les cordes qui serviraient à pendre toute la profession, tout ça pour un salaire de misère, le convainquait, jour après jour un peu plus, qu’il construisait le vide matériel et existentiel dans lequel il finirait happé.

Son rendez-vous chez le toubib ne donna rien. Pas de problèmes d’audition. Les examens à l’hôpital non plus n’avait rien relevé, tant du point de vue neuronal, que psychiatrique. Un mystère.

La deuxième fois, le silence dura plus longtemps, environ dix minutes, record battu. Fatigué de ne pas comprendre, fatigué des nuits durant lesquelles l’absence de bruit le réveillait, il finit par en parler à Rasmus, son plus proche collègue, celui avec lequel il partait en vacances faire de la rando. “Je ne comprends pas de quoi tu me parles” avait déclaré Rasmus, sans émotions, sans empathie. Tiburce essaya bien de forcer un peu, mais son ami n’en dit pas plus et changea de conversation.

La troisième fois, le silence dura de la sortie des bureaux jusqu’au petit matin. Le sommeil ne vint jamais cette nuit-là.

Après une nuit blanche, les transports en commun sont des berceuses qui vous portent inexorablement. Tiburce fut réveillé par une veille dame au terminus de sa ligne. Arrivé au bureau avec une grosse demi-heure de retard, il s’attendait à être chambré par Rasmus, mais il n’était pas là. Pas de trace de son bench non plus et à la place, un petit tas de poudre blanche. Quand son N+1 vint le voir pour avoir des explications quant à son retard, Tiburce gobait devant l’emplacement vide du bench de Rasmus en le pointant du doigt. “Il est où Rasmus ? Pourquoi y’a plus son bench ?”. Le N+1 jeta un œil à l’emplacement et dit : “de qui tu me parles ? Je connais aucun Rasmus moi, par contre j’en connais un qui aurait pu prévenir, tu crois pas ?”. Tiburce ne répondit rien, s’approcha du petit tas de poudre blanche et au moment de toucher la matière, celle-ci disparut sans laisser de traces. Le N+1 qui le collait aux basques parlait toujours dans le vide. Tiburce partit s’asseoir à son poste et commença sa journée.

Puis il y a eu d’autres fois. Plein d’autres fois, toujours plus longues les unes que les autres, de plus en plus souvent. Personne ne le prenait au sérieux, ses collègues lui disaient de se faire arrêter, les supérieurs lui parlaient de ses objectifs de fin d’année, sa famille s’inquiétait de son état mental, mais personne ne voulait comprendre quelle était la véritable nature de son mal.

Tiburce finit par se faire arrêter deux jours. Deux petits jours où il partit dormir chez sa mère en banlieue. Officiellement, il devait s’absenter de son logement à cause des travaux que son propriétaire devait faire et qui nécessitaient de couper l’électricité pendant deux jours. Il n’en était rien en réalité. Petit à petit, ses meubles disparaissaient et laissaient place à de petits tas de poudre blanche.

Après cette petite coupure, Tiburce ne fit pas prolonger son arrêt et retourna au travail. Il était toujours épuisé, il ne dormait pas de la nuit. Son travail s’en ressentait, son humeur s’en ressentait.

Puis, un jour, en arrivant au bureau, personne ne lui adressa la parole, pas même son N+1. Comme d’habitude, il grimpa les escaliers qui menaient à son bench, et la place il y trouva un petit tas de poudre blanche.

Autour de lui, le silence, une lumière trouble, ses collègues qui passaient à travers lui, une lumière de plus en plus faible, puis la nuit la plus sombre qui soit, puis plus rien.


Exercice 3 du matin

  • — Texte source : MONTESQUIEU. Lettres persanes - page 51
  • — 25 minutes max
  • — 4 mots retenus du texte lu
  • — Un thème

Les mots tirés du texte

les mots à intégrer ont été tiré au hasard dans la liste de mots que j’ai retenu. Le thème, quant à lui, a été tiré de la liste d’expression qu’a retenu B.

Mes mots retenus : lettre / séjourner / chemin / jour / premier / douceur / oriental(e) / approbateur / adresser / cher

Les 4 à intégrer dans le texte : lettre, chemin, douceur et oriental(e)

Le thème

Le thème tiré de la liste de B : “Souviens toi toujours du néant”

Le texte

Auteurice inconnu.e - “Mes Lettres à tous” - catégorie textes interdits
(extrait du journal d’un soldat).

  • Journal d’un conscrit - 21/05/2076

4ème jour de combats acharnés

Nous avons déjà perdu des millions de camarades. Précisément, quatre millions deux cent cinquante-trois mille huit cent sept. Ça fait beaucoup […]

  • Journal d’un conscrit - 27/05/2076

10ème jour de combats.

J’ai arrêté de regarder les statistiques, de lire les noms des camarades tombé.e.s au combat. Le front occidental tient bien, pour autant que ce soit possible. Le front oriental, quant à lui, est une incarnation de l’enfer. Au sens propre. Les âmes tombent, brûlent, se font manger, écarteler par des tentacules, happer par des trous noirs, parfois partiellement, parfois entièrement, quand ce ne sont pas les armes gluantes des bras ennemis qui broient, ce sont les yeux et leur regard brûlants, atroces, terrifiants, qui rendent fous au point de laisser nos camarades s’entretuer de pitié.

  • Journal d’un conscrit - 16/06/2076

30ème jour.

De ce qu’on sait, il n’y a plus de front oriental. Il ne reste que le néant peuplé des créatures du vide. On ne sait comment les appeler, on ne sait vraiment les décrire, personne n’a encore vu leurs chefs, leur seigneur, le tyran tentaculaire. C’est mieux, paraît-il.

J’ai appris par des proches, restés derrière les lignes, que le front occidental avait préféré monter sa bulle de protection, plutôt que d’aider le front oriental. On a essayé de m’expliquer que c’était le chemin à suivre et que de toute manière la chute du front oriental était écrite […]

  • Journal d’un conscrit - un jour de juillet 2076 ?

Le front occidental ne cède toujours pas. Nos chefs sont fiers, l’espoir semble renaître dans une partie de nos rangs. Je ne sais quoi en penser. D’aucuns disent que c’est parce que leur dieu, le tyran tentaculaire en a décidé autrement et que, le jour où il l’aura décidé, il nous dévorera comme il a dévoré les autres.

Qu’attend-il ?

  • Journal d’un conscrit - 21/09/2076

Nous rentrons. “Nous” AKA les survivants, les “destiny’s child” comme on nous appelle, ceux qui ont survécu à l’Enfer.

Dans les territoires sous bulle, la vie semble avoir repris ses droits plus vite qu’ailleurs. Manifestement sauver son cul au détriment d’autrui a au moins servi à ça. Mais pour combien de temps ?

[…]

Depuis la fin de l’effondrement de la moitié du monde, la vie semble plus douce pour certains.

  • Journal d’un DC - 08/09/2077

Avec quelques anciens, des amis et quelques citoyens de bonne volonté, nous essayons de garder vivaces les souvenirs de la guerre. Les vrais souvenirs, pas les fantasmes de quelques tarés révisionnistes.

Depuis quelques semaines, nous sommes attaqués de toute part par celles et ceux qui nous traitent de pourvoyeurs de peur et de dépression. Dans certains milieux, on commence à nous appeler les “filles de la peur” / “filles de la chouine”. Dans toutes les langues. Bizarrement, jamais les “fils”.

[…]

Dans la tête de beaucoup de nos concitoyens, ce discours semble fonctionner. Jusqu’où et pourquoi ? Ça fait à peine 1 an que nous sommes rentré.e.s et ça part déjà en vrille ?

  • Journal d’un chouineur - 21/04/2078

Les élections ont mis du temps à revenir. Il y avait toujours un prétexte, des soubresauts à l’Est, des institutions pas encore prêtes, etc. Au final, on aurait peut-être pu attendre encore un peu, vu les résultats. […] Ça nous pendait au nez, il faut bien l’admettre. Les fossoyeurs du front oriental, les adorateurs du tyran tentaculaire, ont remporté les élections. On va faire quoi maintenant ?

  • Journal d’un chouineur - 22/04/2078

Je viens d’apprendre que notre mouvement a été dissous. Il paraît qu’on fout le zbeul, qu’on est un danger pour l’équilibre social, que nos conférences sont des foyers de guerre civile, etc. […]

  • Journal d’un chouineur - 25/04/2078

Je reprends rapidement le clavier pour quelques secondes, pour la mémoire, pour notre mémoire. Je vais être arrêté aujourd’hui. Ils arrivent, ils sont en bas. Je vous écris ces derniers mots depuis mon bureau, entre deux anti-dépresseurs.

Dehors, je les entends se rassembler, tous ces trous de balles, des fils de fions ! TOUS ! […] Ils crient mon nom, m’insultent, en veulent à mes amis, à ma famille, ça balance des légumes pourris contre la façade de mon immeuble […]

  • Journal d’un chouineur en zonzon - 23/12/2078

Je vais être sacrifié ce soir. Je vais être donné à becter aux rejetons de l’autre saloperie qui sent la poiscaille.

Si je peux écrire, c’est qu’on a enfin pu faire passer un petit carnet de notes et un stylo en douce. Il reste encore des gens qui résistent. Tous ne sont pas des “après tout”.

Le tyran tentaculaire trône sur le monde, les “après tout” ont perverti notre mémoire pour nous asservir. Ils sont arrivés au sommet, il est maintenant temps, qu’ils redescendent.

Résistez. Combattez.


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