Retour aux textes

Moulin du Blochet - jour 2

18-01-2026 |GRUt·

Présentation

Du 07 au 12 septembre 2023. Une semaine à écrire dans une chambre d'hôtes.

Énoncé

3 temps : passé, présent, futur - sélectionner plusieurs mots dans 3 textes différents tirés au sort parmi 5 livres/revues - garder 1 mot de chaque liste de mots (tirage au sort) - 15 minutes par texte.

  • Ecritouille
  • narratif
  • exercice
  • premier jet
  • mots obligatoires
  • complet
  • avec corrections
  • temps max

Exercice 1 du matin

3 temps : passé, présent, futur - sélectionner plusieurs mots dans 3 textes différents tirés au sort parmi 5 livres/revues - garder 1 mot de chaque liste de mots (tirage au sort) - 15 minutes par texte.

  • Lecture d’un article du magazine Chut !- p.26
  • Écrire 3 textes courts en 15min maximum.

Texte 1 au PASSÉ

  • Liste des mots sélectionnés (mot à utiliser*) :
  • programme / fondation / neige / technologie / mondial / scientifique / centrer / vertical* / éducation

L’échelle était bien placée contre le mur. Quasi à la verticale. Daron n’y voyait pas le souci. De mon côté un peu tout de même, il faut bien l’avouer. Le mur Est de la maison était le plus haut et je ne comprenais pas pourquoi il était absolument nécessaire de passer par celui-ci pour monter sur le toit. Lui oui. C’était l’expert. J’étais le fils inexpérimenté qui s’inquiétait de tout et de rien. Surtout de rien.

De fait quand il chuta à mi-parcours, entre les cris de Daronne qui eut la peur de sa vie, celui de douleur de Daron à la réception et le mien étouffé par la surprise, il ne restait que peu de place au débat.

À l’hôpital, la jambe dans le plâtre et tenue à l’horizontale, Daron riait des inquiétudes et des reproches de Daronne. Daronne soufflait agacées. Quant à moi, le fiston flippé de tout et de rien je réglais les chaînes de TV sur l’écran de la chambre afin que Daron puisse regarder tranquillement ses mondiaux d’escalade.

Texte 2 au PRÉSENT

  • Lecture d’un extrait de J.O. de R. Depardon - “Munich 1975”
  • liste des mots sélectionnés (mot à utiliser*) : triomphe / équipe / artistique / périlleux* / geste / pleurer / papillon / brasse / ivre

« Il faut que tu sautes là. Soupire J. P.
— J’ai plus trop envie. Répond Alfred.
— Oui mais maintenant que t’es là, il faut que tu sautes. Insiste J. P.
— C’est trop loin. Tu le vois autant que moi. S’insurge Alfred.
— J’ai demandé, t’as dit oui, t’as payé. Maintenant tu te débines pas.
— Bon OK. Je saute. »

Alfred prend son élan. Quatre bons mètres et il saute comme jamais. L’arrivée en bas est rude. L’avantage c’est qu’il ne ressent plus rien. L’idée même de ressentir n’existe plus. Alfred d’ailleurs n’existe plus.

J. P. fait avancer un nouveau candidat.

« Allez, tu me déçois pas hein. Fais pas comme Alfred ce nulos et ça va bien se passer.
— C’est trop loin. Clairement. Y a au moins quatorze mètres. Répond Roberto effrayé.
— Ça va… Les triples-sauteurs en longueur sont capables de le faire. C’est donc que c’est possible. C’est pas des surhommes ces gars-là non ?
— Oué enfin je suis pas triple-sauteur moi.
— Tu peux le faire. Ais confiance.
— OK. J’y vais. »

Roberto prend son élan. Un bel élan de triple-sauteur olympique et saute ! Loin ! Très loin ! À mi-chemin cependant il se rend bien compte qu’il lui manque un bon mètre environ. Relativement déçu, il décide donc d’en finir avec les honneurs. Il transforme sa chute en triple saut périlleux avant, puis enchaîne avec une double vrille carpée et termine en écartant les bras façon saut de l’ange comme à la gym. 10/10 propre. Rien a dire. Il a le temps d’entendre quelques applaudissements et plus rien. Comme Alfred.

J. P. Fait les grands pas. Il commence à s’agacer :

« Mais enfin, personne ne le veut ce myoonnn dollars ? Quand on veut ! On peut hein ! Allez au suivant. Toi là. Au pif, il désigne un jeune homme à lunettes dans la foule des candidats. Il est vêtu d’une chemise à carreaux et d’un petit gilet de laine sans manche tricoté par tatie. Comment t’appelles-tu donc ?
— Peter.
— Bonjour Péteur. Péteur comment ? T’es le Cousin péteur c’est ça ? Héhé. La foule est hilare.
— Non. Parker. Peter Parker. Et je veux le double si j’arrive de l’autre coté.
— Lol ! T’es un comique toi. Allez marché conclu et bon courage le binoclard.

Texte 3 au FUTUR

  • Lecture d’un extrait de L’affaire Dreyfus – « L’affaire, entre commémoration et publicité » – p.56
  • liste des mots sélectionnés (mot à utiliser*): inverse / dimension / objet / politique / symbole / souvenir / ordinaire / médaille / pommeau / buste / réclame* / cigarette / chocolat / affaire / marionette

J’ai un plan chef. On ne verra jamais l’autre. Il prendra la route cachée et poursuivra par-derrière. On pourra rien y faire. Comment pourrons-nous réclamer quoi que ce soit s’il choisit cette route ? Il aura trop d’avance et sera trop proche de la station commerciale. Trop risqué.

Le mieux à faire, ça reste de prévoir 3 chasseurs en planque derrière chacun des 3 plus gros astéroïdes de ma route principale. Quand il les verra, il se doutera d’un truc et se sentira forcé de passer par la route alternative ! Parce qu’on se planquera mal en fait. Mal, mais attention, suffisamment bien pour qu’il ne soupçonne pas qu’on les a cachés là exprès afin que lui et son cargo fassent le tour. Malin hein !

Et là, on lui tombera dessus ! Il se prendra son p’tit bonus de douane comme tout le monde. Il faudra faire comme ça chef. Ça fait trop longtemps qu’il nous la joue furtif le gaillard.

Cordialement,

Le capitaine du « Barboteurs des étoiles ».

Exercice 2 du matin

Énoncé : prendre le 8e mot de chaque liste (passé, présent, futur) et rédiger un texte ayant pour thème le mot du 8e jour de la liste de Katty Steward (cf. compte Bluesky) - 20min ?

Les mots tirés au sort :

  • Passé : VERTICAL
  • Présent : BRASSE
  • Futur : MÉDAILLE
  • Le thème de Katty : « Mélanger »

Texte remanié d’après le premier jet sur le cahier (Moulin du Blochet).

Il m’a mordu il y a 4 jours ce con de clébard. C’était un très gros chien-loup. J’y connais rien en race de chien mais toujours est-il que ça y ressemblait. En tous cas la blessure au bras m’a fait très mal. On m’avait prévenu que les bois derrière la ville étaient mal fréquentés même si je ne pensais pas à ce genre de « fréquentation » pour être tout à fait honnête. J’ai failli y passer vraiment. Heureusement que la bagnole était garée pas loin, à 1 ou 2 seconde près je finissais en quatre-heures pour le bestiau. Je crois que je n’ai jamais couru aussi vite de ma vie. Je mériterais une médaille pour une telle performance.

À l’hôpital ils m’ont bien soigné. Ils m’ont fait une piqûre anti-rabique aussi. Ils avaient l’air confiant. Plus que moi. Pas à cause de la piquouse anti-rabique, mais la blessure avait vraiment une sale tête avec mes poils dégueux qui se mélangeaient au sang de la blessure ouverte. Ils ont souhaité me garder pour la nuit. C’était vraiment bizarre comme contexte. Ils ont fermé la porte de ma chambre à clef et fait venir des flics qui sont restés toute la nuit à faire le planton devant comme si j’étais en cavale. Moyen l’admission. Heureusement que je note pas les services publics comme le plus mesquin des droitards parce qu’ils auraient pris cher. J’ai eu beau protester, ça n’a servi à rien. J’ai voulu appeler avec mon portable. Je captais que dalle. Finalement, la fatigue aidant je me suis résigné à passer la nuit en prison.

Le plus flippant fut le déroulement de la nuit en elle-même. Déjà j’ai fait un drôle de rêve. Je me voyais tomber de très très haut, à la verticale. En dessous de moi je distinguais comme une sorte de canopée de chênes et de hêtres se rapprocher à très grande vitesse. J’essayais de voler, de nager la brasse comme pour amortir une chute inéluctable et au moment de toucher la cime des arbres, je me suis réveillé. J’étais en sueur. Je sentais le fauve à 15 bornes et j’avais une faim de loup. Mais le plus perturbant dans l’histoire, c’est que j’avais été attaché au lit avec de très épaisses lanières de cuir. J’étais incapable de bouger. Est-ce que j’étais en semi-sommeil ? En paralysie de sommeil ? Vraiment réveiller ? Va savoir avec le recul. Puis je crois que je me suis rendormi, voire je suis simplement re-passé en sommeil profond.

Le lendemain matin je n’étais plus attaché. La porte était ouverte et j’ai cru voir les flics serrer les mains des infirmières puis partir. Devant moi un médecin me regardait, une chemise jaune sous le bras, les mains dans les poches. Il attendait manifestement que j’émerge complètement. Un peu mieux réveillé j’ai tenté de protester. Il m’a sorti des explications jargonneuses que je n’ai pas saisies. Mon regard avait dû le laisser croire que j’étais en situation de comprendre. Puis il s’est assuré que j’avais compris le principal et m’a laissé sans médoc, sans ordonnances, juste avec un rendez-vous à l’hôpital dans 27 jours.

Aujourd’hui je me sens mieux. Mon bras ne me fait plus mal. La cicatrice est étrangement très propre. Je ne sais pas ce qu’ils m’ont prodigué comme médecine, mais le résultat est impressionnant. À part une envie irrépressible de manger un bon gros steak tartare tout va très bien.

Finalement je crois que je vais y retourner dans cette forêt. Et peut-être même y rester un moment.

J’ai faim bon sang.

J’ai faim.

Retour aux textes