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Une bravade de timonier

12-02-2026 |GRUt·

Présentation

En 2016, je me suis imposé une proto-méthode de travail homemade pour créer un rdv d'écriture. Quelques textes, dont celui que vous allez lire ici, entrent dans ce cadre.

Énoncé

Thème aléatoire micro-nouvelle Poule de Cristal - « Une harde saisit une pirate, sous la pluie battante.»

  • Ecritouille
  • narratif
  • exercice
  • complet
  • avec corrections
  • Poule de Cristal

« Celui qui ne s’est jamais confronté à une pluie de météores, ne peut pas revendiquer ses galons de pilotes ».
Proverbe space-pirate. Début du 3ème millénaire.

Une fanfaronnade de timonier, en réalité. Rien d’autre. Parmi ceux qui ont voulu narguer la mort, peu ont pu ou peuvent encore, témoigner de l’absurdité de ce défi. Alors pourquoi tenter le coup ? À cet instant même, pour Ava, jeune pirate en quête de reconnaissance, répondre à cette question n’était plus une priorité. Sa navette de course avait tenu 10 pauvres secondes avant d’être pulvérisée, puis expulsée aussi sec, hors la tempête Hypério.13 de la galaxie d’Andromède. De son bolide, il ne restait que le cockpit blindé, ironique cercueil, qui voguait dans l’espace. À demi-consciente, à travers la vitre fêlée, elle voyait la pluie de météores qui s’éloignait inexorablement dans un silence morbide.

Cernée par le crépitement des étincelles menaçantes qui giclaient de toute part de son habitacle, Ava finit par sortir de son état second. Elle respirait mal. Elle ressentait des douleurs dans tout le corps, qu’elle contenait tant bien que mal, à l’aide d’injections d’antalgiques via sa combinaison. Après un rapide coup d’œil sur son écran de contrôle endommagé, elle vit qu’il lui restait tout au plus 1 heure d’oxygène et que par miracle, son système de communication pouvait encore émettre. Alors, la voix faible et tremblante, elle enregistra un court message de détresse, qu’elle envoya en boucle dans toutes les directions, en espérant qu’un vaisseau passerait suffisamment près pour capter la transmission. Après cela, dans un ultime effort, elle coupa le jus du tableau de bord. Les étincelles se turent. Elle perdit connaissance.

Des bruits de métal froissé. Rien.
Des voix, une conversation. Rien.
Un flash, des lumières vives. Rien.
Une douleur atroce.

Quand Ava ouvrit les yeux, elle crut distinguer trois silhouettes qui s’affairaient autour d’elle. Des humains a priori. Puis, après quelques instants, un hologramme apparut, une femme en tenue d’officier qui prit la parole :
« — Comment vous sentez-vous ?
La bouche pâteuse, Ava, en guise de réponse, préféra lever le pouce en l’air.
— Bien. Faisons les présentations : je suis la Capitaine Baresi et vous êtes à bord du « Cuba-Libre ». Tout l’équipage se joint à moi pour vous souhaiter la bienvenue.
— Merci… Ava Lorna…
— Enchantée. Pour information, nous retournons sur la station T.01. entre Mars et la Terre. Nous y serons dans une dizaine de jours. Nous vous y déposerons quel que soit votre état. En attendant, profitez des soins ».

Le « Cuba-Libre »1. Il a donc fallu que le seul vaisseau qui passa à proximité, fut celui du plus impitoyable équipage de chasseurs de primes de toute la Galaxie. Il était évident que Baresi s’était déjà renseignée sur le cas de son hôte, ce qui laissait peu de doute quant à la conclusion de son périple : elle serait livrée aux autorités, dès qu’elle poserait le pied sur T.01. Il fallait faire fi de l’ironie du sort et quitter le vaisseau au plus vite. Malheureusement, dans son état actuel, toute tentative d’escapade paraissait risquée. Mortifiée, mais déterminée, elle décida donc de remettre au lendemain ses plans.2

La nuit fut difficile. Des bips, des lumières en continu, des bruits de pas, une chaleur à crever et pour couronner le tout, un lit aussi confortable qu’une plage de galets. Pour autant, en meilleure forme que la veille, Ava décida de tenter la sortie de l’infirmerie. Les couloirs étaient larges, richement décorés, ce navire puait le fric. Une merveille, qui plus est, tout à fait fonctionnelle. Elle n’eut aucun mal à trouver la direction du pont d’envol. Sur le chemin, mis à part quelques regards méfiants, personne ne sembla se préoccuper de son cas.

Sur le pont, toutes sortes d’appareils. Par chance, juste à l’entrée, était stationné un vieux modèle de chasseur qu’elle avait eu l’opportunité de piloter durant sa formation. Autour de l’engin, s’affairait un mécano qui sifflotait en passant le chiffon sur la carlingue. Concentré sur son travail, un casque anti-bruit sur la tête, ce dernier n’avait aucune chance de sentir la menace dans son dos. Le space-jacking sans effusion de sang paraissait jouable selon Ava. « Prendre tout sauf la vie », c’était son précepte, elle ne comptait pas y déroger. Elle empoigna donc une énorme clef anglaise dans le premier tas d’outils venu et avança aussi discrètement que possible vers sa victime. Arrivée à bonne distance, Ava leva le bras pour frapper, quand soudain, elle ressentit une pichenette électrique au milieu des omoplates qui la stoppa net. Elle eut à peine le temps de jeter un œil vers l’arrière, qu’elle tomba au sol comme une masse. Terrorisée, rendue paraplégique par un dispositif de blocage nerveux, Ava parvint néanmoins à se mettre sur le dos et laissa échapper un hurlement mêlant fureur et désespoir. Ce fut ce moment que choisit la capitaine Baresi pour apparaître dans un hologramme. « Petite ingrate. Vous rendez-vous compte que votre petite escapade aurait pu nous coûter très cher ? La puce que nous vous avons greffée dans le dos vous tiendra tranquille jusqu’à notre arrivée à bon port. Votre course est terminée, Ava. Vous répondrez de vos actes devant la justice ».

En guise de conclusion, Baresi exécuta une révérence tandis que son image disparaissait progressivement. À travers l’hologramme, Ava distingua alors une troupe de soldats, qui trottait vers elle. Couchée sur son dos, paralysée du sternum jusqu’aux pieds, les mains sur son visage encore en larmes, Ava repensa au vieux proverbe pirate et laissa s’échapper un léger sourire :

« J’ai survécu à une pluie de météores bon sang. J’ai survécu ».


Footnotes

  1. admirez la finesse de l’expert écritouilleur.

  2. Ce passage m’a posé beaucoup de problème à l’époque. Je l’ai retravaillé 40 fois environ sans arriver à un resultat satisfaisant. Je ne sais pas si c’est trop court, mal formulé, ou s’il faut carrément le remplacer par un autre “pont” vers la fin du texte. Peut-être qu’un jour je me replongerais dedans.

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